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Ce qu'il faut bien comprendre... par Signo 2017-08-14 01:19:55 Imprimer Imprimer

...c'est que le processus de destruction du catholicisme (et plus généralement de la civilisation européenne) suit deux grandes étapes:

I/ LA MODERNITE:

Première étape de la "déconstruction": la soi-disante "Renaissance", avec son humanisme qui entend concevoir un monde dans lequel l'homme s'autonomise par rapport à la vérité divine; (XVe s.). On ne nie pas encore Dieu, mais on l'écarte de la place centrale qui doit être la sienne;

Deuxième étape: la "Réforme" protestante: au nom du libre-examen, on remet frontalement en cause la Tradition, au profit d'une soumission fondamentaliste et exclusive à la Bible(le sola Scriptura de Luther); (XVIe s.)

Troisième étape: le libéralisme théologique et le modernisme du XIXe s., fruits du rationalisme du XVIIIe s., qui remettent en cause l'Ecriture elle-même au profit de la Raison.

C'est à partir de ce troisième courant que va se développer le mouvement de remise en cause qui va dévaster l'Eglise après Vatican II: on "déconstruit", après les avoir soumis à la critique, tous les aspects les plus fondamentaux de la foi. Le domaine dans lequel ce mouvement produit les effets les plus spectaculaires est la liturgie. Ces idées profiteront de l'immense "fatigue d'être soi" des européens occidentaux, qui les conduit à une auto-destruction complète. C'est le temps de la mode marxiste et tiers-mondiste dans les structures écclésiales, de l'abandon des pratiques liées à la piété populaire au nom du rationalisme, etc.

II/ LA POST-MODERNITE:

La modernité créée le vide par la critique puis par la déconstruction, la post-modernité assume ce vide et le considère comme le summmum du Progrès. La modernité c'est l'idéologie, le faux oecuménisme, mais dans le cadre d'une pensée encore structurée, développée par des gens qui baignent encore dans la culture chrétienne traditionnelle qu'ils critiquent; la post-modernité, c'est le néant, l'incohérence, l'absence de toute forme de culture solide, la "fluidité" et l'unanimisme, comme l'explique très bien le R.P Thierry Dominique Humbrecht (O.P) dans cette vidéo à partir de la 7e minute: ICI.

Hans Kung est un penseur moderne dont les derniers écrits témoignent de ce passage vers la post-modernité: ces écrits consacrent, comme l'avait constaté Hans Urs von Balthasar, l'abandon final du christianisme lui-même au profit d'une post-religiosité unanimiste.


Dans le domaine liturgique, le passage de la modernité à la post-modernité correspond au passage d'une liturgie rationnalisante, intellectualisante et très idéologique (années 1970), à une liturgie "molle" et mièvre, submergée de sentimentalisme et d'irrationalité (un excès appelant toujours l'excès inverse; exemple: les liturgies du P. David Gréa à l'église Sainte-Blandine à Lyon, voir ici)


Et le Concile dans tout ça? Et la réforme liturgique?

La difficulté pour l'Eglise dans ce contexte est de continuer sa mission (l'évangélisation pour le salut du plus grand nombre) dans un contexte qui lui est de plus en plus hostile (hostilité puis indifférence). Elle doit naviguer entre deux écueils:

-celui qui consisterait à se considérer comme une forteresse assiégée au milieu d'un monde mauvais auquel il ne faudrait rien concéder, au risque de voir s'installer un décalage avec le monde actuel tel que toute évangélisation devienne impossible;

-celui qui consisterait à faire à la modernité des concessions telles qu'elle en perdrait et sa pureté doctrinale ("le bon combat de la foi" dont parle Saint Paul) ainsi que son identité et sa nature profonde.

La bonne voie dans ce contexte étant de faire à la modernité un certain nombre de concessions sur des points secondaires pour préserver la pureté de l'essentiel et ainsi rendre la foi chrétienne authentique communicable aux hommes de notre temps. Cela a été l'ambition (louable et nécessaire) du Concile, et c'est cette vision que reflète les textes conciliaires. Exemple: pour "annoncer l'Evangile à toutes les nations", il est bien plus constructif, par exemple, d'encourager l'engagement des chrétiens dans les nouveaux moyens de communication modernes pour en faire des canaux d'évangélisation, plutôt que de se contenter de réitérer stérilement les condamnations de la liberté de la presse et d'expression édictées par les Papes de la fin du XIXe siècle dans un contexte bien différent.

La réforme liturgique a souhaité quant-à elle faire des concessions limitées à un certain pastoralisme nécessaire (exemple: une introduction limitée du vernaculaire dans les célébrations, ce que concevait tout à fait même Mgr Lefebvre au moment du Concile) tout en maintenant (et même en restaurant) l'idée que la liturgie s'adresse à Dieu et qu'elle ne doit pas se faire "avaler" par ce pastoralisme. Sage démarche, complètement incomprise aussi bien par les traditionnalistes (qui s'empressèrent d'y voir une protestantisation de la liturgie) que par la majorité acquise aux idées progressistes, qui s'empressèrent d'oublier les 3/4 des recommandations conciliaires pour appliquer le reste dans un esprit de rupture complète avec la Tradition, débouchant dans les paroisses, sur un ralliement de facto à une forme de néo-protestantisme particulièrement libéral...

Hélas, au sein même de la réforme liturgique, à côté de certains éléments allant indéniablement dans le sens d'un retour à la Tradition (comme le montre l'exemple développé ICI, mais il y en a beaucoup d'autres), un certain nombre d'aspects de cette réforme expriment une certaine influence du rationalisme (suppression de certaines vigiles, de certains rites pourtant hautement significatifs, etc) mais de manière assez limitée au final. On a donc une réforme ambivalente, allant tout de même globalement dans le bons sens, mais dont les intuitions furent complètement incomprises du fait du contexte de l'époque et qui déboucha donc sur un fiasco total.


Morale de l'histoire: quand on envisage une réforme, il ne faut pas seulement se demander si cette réforme est bonne et va dans le bon sens, il faut aussi se demander si le contexte dans lequel elle va être appliquée est favorable à une bonne compréhension et donc à une bonne mise en oeuvre. De toute évidence, ce ne fut pas le cas des années post-conciliaires...

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