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Le Bienheureux Jacques Laval, apôtre de l'Île Maurice par Paterculus 2017-09-09 08:29:04 Imprimer Imprimer

C’est à un Normand que l’île Maurice doit d’avoir conservé la foi catholique et la langue française: Jacques Laval, né le 18 septembre 1803 à Croth, dans l’Eure. Maire du village, son père avait fait des études de droit, puis avait repris l’entreprise agricole familiale. Sa mère, issue d’un milieu semblable mourut quand il avait huit ans mais il avait appris d’elle le souci des pauvres, qui venaient nombreux à leur porte. Jacques eut un frère et trois sœurs, puis un demi-frère et une demi-sœur. Son père, remarié, s’établit à Louye. Le pays se relevait à peine de la Révolution. Il n’y avait pas d’école au village. Les curés tentaient d’y remédier à l’aide d’écoles presbytérales. Chez son oncle Nicolas Laval, curé de Tourville, Jacques va étudier pendant trois ans avant d’entrer, à dix-sept ans, au petit séminaire d’Evreux, puis au collège Stanislas à Paris d’où il sort à 22 ans bachelier ès Lettres. Enfin, en 1830, il est docteur en médecine. A Paris, il avait aidé les pauvres de la rue Mouffetard.

Il s’installe à Ivry. Tout en soignant gratuitement les pauvres, ayant eu un assez bel héritage, il ne fréquente plus l’église avec assiduité. En fait il cherche sa voie. Fin mai 1834, il entre au grand séminaire de philosophie à Issy les Moulineaux. Il fut admis en théologie au séminaire Saint Sulpice à Paris dés la rentrée suivante. Il eut du mal dans ses études, faites en latin, sans doute à cause du changement de vie et des lacunes de ses études précédentes. Mais c’était là une grâce, car il ne rêvait que de rédiger un catéchisme pour les pauvres et sans doute se considérait-il comme l’un d’entre eux. Il voulait partir en mission au loin, mais son directeur spirituel l’en dissuada. Le 22 décembre 1938 il est ordonné prêtre par l’archevêque de Paris.
Il est nommé desservant de Pinterville, près de Louviers. Ses paroissiens sont extrêmement pauvres. Il adopte un genre de vie tout de prière, de pénitence et de pauvreté, dépensant peu à peu son héritage en aumônes et n’ayant pour tout lit qu’une peau de mouton. Il fait le catéchisme, le soir après l’usine; la classe quand l’instituteur n’est pas remplacé; il visite les malades et rechristianise tout le village. Par des séminaristes de Saint, il entend parler d’une nouvelle « oeuvre » pour l’évangélisation des Noirs. On le contacte, et le 14 mai 1841 il abandonne la Normandie, ayant obtenu l’accord de son évêque et réglé ses affaires. A Londres, il embarque sur le Tanjora qui appareille le 4 juin pour Maurice. Il y a là de l’héroïsme. La société missionnaire à laquelle il appartient n’est pas encore régulièrement fondée. Le groupe est parrainé par Monseigneur Collier, évêque de Port-Louis, qui a besoin de prêtres : en échange, les confrères de Laval disposent de lui à la hâte. Rien n’est réglé : il n’a reçu aucune formation pour la mission ou la vie religieuse. Il ignore comment les Britanniques, maîtres de l’île depuis une trentaine d’années, vont le recevoir...

Ce sera une difficulté tout au long de son ministère à Maurice, où il débarque le 14 septembre 1841. L’île n’a presque plus rien de chrétien. Certains prêtres ont mené une vie de scandales, les pratiquants sont rarissimes parmi les Blancs. Les anciens esclaves sont délaissés, une partie seulement est baptisée. Les Indiens se débrouillent comme ils peuvent. L’administration soutient les protestants, espérant ainsi détacher les Mauriciens du catholicisme et les attacher à la royauté anglaise. De même, tout l’enseignement est donné en anglais, alors que le français et le créole dérivé sont majoritaires. Les protestants cherchent à régenter les cours de religion dans les écoles publiques, mais ils sont desservis par leurs liens mêmes avec les gouverneurs, et par leurs divisions internes. On fera les plus grandes difficultés à Mgr. Collier, pourtant sujet britannique: on exige des prêtres britanniques ou des non-Français, mais aucun Savoyard ne vient; les Irlandais et les Belges resteront rares.

Il y a d’autres difficultés. Le Père Laval apprend très tard les changements de supérieur ou même de congrégation! La sienne a des novices, mais ni argent ni statut. Le Père Liberman, converti du judaïsme, la préside. Bientôt elle fusionne avec la Congrégation du Saint-Esprit, fondée au début du XVIIIème siècle par un ami de Saint Vincent de Paul. La Révolution a affaibli les Spiritains: ils reçoivent le dynamisme de la jeune fondation, lui apportant leurs biens et leur reconnaissance officielle par l’Etat et l’Eglise. Le Père Schwindenhammer, successeur du Père Liberman, n’a jamais été en mission, mais supporte mal les adaptations faites par ses confrères sur le terrain. Le Père Laval sera toujours admiré, mais jamais totalement compris de ses supérieurs ni des confrères qui ne vivront pas avec lui, même de ceux de La Réunion.

Au début, on tolère le Père Laval, car il ne s’occupe que des Noirs: on pense qu’il arrivera tout au plus à les moraliser un peu. Les affranchis refusent un travail qu’ils faisaient jadis dans les chaînes, et beaucoup vivent dans l’ivrognerie et la débauche. L’insécurité croît dans l’île. Le brave Père a repris ses habitudes de pénitence et de pauvreté. Il gagne quelques coeurs par sa bonté. Il célèbre des baptêmes d’adultes, bénit les mariages de quelques couples déjà anciens de créoles baptisés... Les gens se passent le mot et bientôt le catéchisme des pauvres que le Père a rédigé en créole attire des foules. Une messe spéciale est dite pour les Noirs. Les Blancs se laissent toucher et en quatre ans le Père a bouleversé la société mauricienne: la religion catholique a été restaurée. Mais jamais les prêtres de Mgr Collier ne seront beaucoup plus de vingt; aussi attend-il toujours des Spiritains.

Les premiers confrères du Père Laval arrivent en 1845 et sont émerveillés de ce qu’ils voient. Ils adoptent la méthode de leur ancien. Celui-ci a démultiplié son action grâce à des catéchistes. Ils ou elles font merveille pour introduire les prêtres chez les malades et les plus démunis, organisent la charité, persuadent les gens de venir au catéchisme. Ils regroupent de nouveau convertis chez eux ou dans des chapelles dont l’île commence à se couvrir. En dehors de la messe, des prières, des instructions, des visites aux malades, de l’organisation des diverses œuvres, les prêtres confessent jusqu’à huit heures par jour et jamais ils ne suffisent à l’ouvrage. Ce style d’apostolat sera adopté en de nombreux endroits, et tout d’abord au Basutoland, dont l’apôtre a séjourné auprès du Père Laval en attendant des vents favorables vers l’Afrique australe. A Maurice, la petite communauté des missionnaires va être soudée par les épreuves comme les épidémies de choléra, l’hostilité ou l’incompréhension, mais aussi par les succès. Des nouveaux arrivent, mais d’autres sont mutés à La Réunion.

Le Père Laval vécut comme le Saint curé d’Ars, mais comme Saint Vincent de Paul il devint un des premiers personnages de sa société. Les gouverneurs ne peuvent prendre aucune décision concernant la religion sans se demander quelle va être sa réaction. Le Père peut compter sur de nombreux amis dans la haute société de Port-Louis, qui lui sont reconnaissants de les avoir ramenés à la foi. Bien que le Père ne se mêlât jamais de politique, ils avaient conscience de préserver l’identité de leur île en le soutenant. Ils sont capables de mobiliser l’opinion publique en Europe. Progressivement les obstacles sont levés. Des Sœurs de deux congrégations s’occupent à Pamplemousses et à Port-Louis des hôpitaux et des écoles de filles. Les écoles de garçons commencent avec le collège des Jésuites, à qui on interdit de s’adresser aux Indiens. Mais le petit nombre qui en furent convertis par le bienheureux est sans doute le gage de moissons à venir.

Malgré l’épuisement, le Père Laval reste sur la brèche. Son activité diminue sensiblement les cinq dernières années de sa vie. Mais ceux qui ne partageaient pas ses vues ont dû se rendre à l’évidence: il ne désirait ni richesse ni honneurs, ni pour lui, ni pour sa congrégation. L’attachement de Mgr Collier puis de Mgr Hankinson à partir de 1863 lui est acquis, comme celui de tout le clergé de l’île. Les autorités doivent s’incliner devant la véritable promotion sociale de toute une partie de la population qu’on n’aurait pas obtenue autrement Le Père Laval meurt le 9 septembre 1864. Convertis par milliers, les Noirs le vénèrent déjà comme un saint; il sera béatifié par le Pape Jean-Paul II le 29 avril 1979. Beaucoup voient en lui le Père de la patrie Mauricienne, avant La Bourdonnais.

Votre dévoué Paterculus

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