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Sinon voici le texte par vistemboir2 2017-09-11 15:03:45 Imprimer Imprimer


Feu la chrétienté ?

La Croix, le 11/09/2017 à 10h56

Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers

Feu la chrétienté. Tel est le titre d’un ouvrage publié par Emmanuel Mounier en 1950, réédité et commenté par Guy Coq en 2013. J’y ajoute un point d’interrogation, non pour nier cette réalité qui marque la France et sans doute l’ensemble des pays européens, mais afin d’ouvrir à un questionnement sur les conséquences de ce fait.


Dans un texte du soir de sa vie, le père Congar partait du même constat de la fin de la chrétienté. Il parlait lui de la fin du « tridentisme », pour insister sur l’ancrage dans la personne de Jésus-Christ. « Le sort de l’Église me semble de plus en plus être lié à une vie spirituelle et même surnaturelle, celle de la vie chrétienne. Je pense qu’actuellement seuls peuvent tenir le coup les chrétiens qui ont une vie intérieure. Dans le tridentisme (le modèle d’Église hérité du concile de Trente et qui a duré jusqu’au milieu du XXe siècle), il y avait une espèce de mise en condition, sans donner de sens péjoratif à ce terme, je veux dire une sorte d’enveloppement, de cadre, dans lequel on entrait et on restait. Tandis qu’aujourd’hui (…) étant donné que nous vivons dans un monde sécularisé (et particulièrement sous l’influence des médias), je crois qu’il est impossible de garder une vie chrétienne sans une certaine vie intérieure. » (Entretiens d’automne, Cerf, 1987, p. 11-12.)

La disparition de la « société chrétienne » a pour conséquence que les institutions sociales ne sont plus porteuses de la foi chrétienne. Peut-on s’en satisfaire si l’on mesure ce que cela produit ? Certes, la foi naît avant tout d’une rencontre, mais celle-ci ne dépend-elle pas de nombre de médiations ? C’est parce qu’il y a des institutions (paroisse, école catholique, mouvement apostolique, communauté…) que le Christ est annoncé, que des hommes et des femmes accèdent à une rencontre avec Jésus-Christ. La plupart de celles et ceux qui sont aujourd’hui disciples du Christ ont été engendrés à la foi par l’Église et ses expressions institutionnelles.

La chrétienté était le lieu, pour une large population, de ces médiations ; elle inscrivait aussi la vie et la pratique chrétiennes dans des formes collectives, communautaires si l’on veut, et aussi dans la société, rurale et villageoise le plus souvent. La seule rencontre personnelle avec le Seigneur, si elle est certainement la source de l’acte de foi, ne peut donc se satisfaire d’elle-même pour édifier une vie chrétienne. Elle n’est qu’un premier pas, bien entendu décisif, mais qui ne peut oublier les défis offerts par les mentalités du temps.

Par ailleurs, ne retenir que la dimension personnelle de l’expérience chrétienne, ou même simplement en faire le point d’insistance privilégié, ne conduit-il pas à faire son deuil d’une présence sociale des chrétiens et même d’une « société chrétienne » (expression bien sûr à préciser) ? Ne seraient alors chrétiens que les personnes en capacité de faire des choix (dont celui de la foi), de se démarquer de la culture main­stream, et des diktats médiatiques ; qu’en est-il du « petit peuple » ? Du christianisme populaire ? Ceci risque de dessiner une sociologie du christianisme : non seulement le nombre des croyants est et sera plus restreint, mais surtout ce sont et ce seront de plus en plus les classes éduquées, élevées, en capacité de vivre des démarcations d’avec les modes, qui composeront l’essentiel des communautés chrétiennes. Plus identitaires, ces personnes attendront de l’Église qu’elle soit davantage un soutien pour vivre une identité plus forte et plus démarquée. On pourrait aussi parler d’un catholicisme affinitaire, lequel développe les affinités et sépare les croyants.

Feu la chrétienté, en effet, feu le christianisme comme modèle d’unité sociale, et vive les appartenances selon les affinités et les goûts ! Un monde nouveau est là, un monde de « clients » où le benchmarking devient la règle d’évaluation des succès et des échecs, où le nombre l’emporte et devient critère pour mesurer la force de l’Évangile et de sa pertinence. À cela je préfère cette attitude qu’exprimait le patriarche Athénagoras : « Il faut mener la guerre la plus dure qui est la guerre contre soi-même. Il faut arriver à se désarmer. J’ai mené cette guerre, pendant des années. Elle a été terrible. Mais maintenant, je suis désarmé. Je n’ai plus peur de rien, car “l’amour chasse la peur”. Je suis désarmé de la volonté d’avoir raison, de me justifier en disqualifiant les autres. Je ne suis plus sur mes gardes, jalousement crispé sur mes richesses. J’accueille et je partage. Je ne tiens plus particulièrement à mes idées, à mes projets. Si l’on m’en présente de meilleurs, je les accepte sans regret. Ou plutôt, non pas meilleurs, mais bons. J’ai renoncé au comparatif. » (Olivier Clément, Dialogues avec le patriarche Athénagoras, Fayard, 1976, p. 183).

Bien entendu, mon propos ne vise en rien à restaurer ce qui ne peut l’être, mais il souligne que je n’entends pas, pour ma part, encourager l’éclatement du monde catholique que génère la fin de la chrétienté. Je comprends ma mission comme devant encourager non seulement la communion mais l’unité. Oui, je suis catholique : l’unité de l’Église, telle que je la comprends et entends la servir ne sera jamais sur le modèle de celle des Églises issues de la Réforme. Ce n’est pas un modèle fédératif qui est mon idéal ou mon projet.

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