Vineam Domini Sabaoth par Meneau 2017-12-09 01:47:45 |
|
Imprimer |
CLÉMENT ÈVÊQUE
SERVITEUR DES SERVITEURS DE DIEU,
A tous fidèles. Chrétiens, salut et bénédiction apostolique.
La divine Providence nous ayant chargé de veiller à la conservation de la vigne du Dieu des armées, c'est-à-dire de l'Eglise catholique, et de la cultiver avec tout le zèle et toute l'application possible, le devoir de ce ministère apostolique nous est toujours présent, et nous travaillons sans cesse à le remplir. C'est pourquoi nous nous portons de grand cœur à confirmer de notre autorité apostolique les sages et salutaires Constitutions qui ont été faites par les papes nos prédécesseurs pour arracher jusqu'à la racine les épines de plusieurs nouveautés pernicieuses qui croissaient dans ce champ, afin que par notre opposition continuelle aux efforts de l'homme ennemi, ces mêmes Constitutions puissent être de jour en jour et plus inviolablement et plus religieusement observées. C'est dans le même esprit qu'après avoir mûrement considéré et pesé toutes choses, nous croyons selon Dieu devoir tourner notre sollicitude et vigilance à faire ce qui nous paraît le plus propre à garder fidèlement et avec sûreté la vérité orthodoxe, et pouvoir contribuer davantage au salut des âmes rachetées par le précieux sang de Jésus-Christ notre Seigneur Fils unique de Dieu.
Innocent X, notre prédécesseur d'heureuse mémoire , avait foudroyé par sa Bulle les cinq fameuses Propositions extraites du livre de Cornélius Jansénius évêque d'Ipres , intitulé Augustinus; Alexandre VII, aussi notre prédécesseur, pour bannir à jamais de l'esprit des fidèles ces erreurs déjà condamnées, et pour détruire absolument les artifices et les fausses subtilités de ceux qui troublaient le repos public, avait confirmé et appuyé par de nouvelles déclarations la Constitution d'Innocent X, son prédécesseur, qu'il inséra tout entière dans celle qu'il fit lui-même à ce sujet, et dont la teneur s'ensuit:
ALEXANDRE évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous fidèles Chrétiens, salut et bénédiction apostolique.
La Providence divine nous ayant par un ordre secret, et sans aucun mérite de notre part, élevé au trône sacré de saint Pierre, et au gouvernement de toute l'Eglise; nous avons estimé qu'il était du devoir de notre charge pastorale de n'avoir rien tant à cœur, que de pourvoir soigneusement dans les rencontres à l'intégrité de notre sainte foi et de ses sacrés dogmes, en vertu de la puissance et de l'autorité que Dieu nous a donnée.
Et quoique les dogmes, qui ci-devant ont été très suffisamment définis par les Constitutions apostoliques, n'aient pas besoin d'une nouvelle décision ou déclaration; à cause toutefois que quelques perturbateurs du repos public ne craignent pas de les révoquer en doute, ni même de les affaiblir et de les énerver par des interprétations captieuses; pour empêcher que cette contagion dangereuse ne se répande, et ne gagne plus avant; nous avons cru qu'il ne fallait pas différer plus longtemps d'y appliquer le remède de l'autorité apostolique : car notre prédécesseur Innocent X , d'heureuse mémoire, a donné depuis quelques années une Constitution, déclaration et définition , en la même forme et teneur qui s'ensuit.
INNOCENT évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous fidèles Chrétiens, salut et bénédiction apostolique. Comme ainsi soit qu'à l'occasion de l'impression d'un livre qui porte pour titre: Augustinus Cornelii Jansenii episcopi Iprensis, entre autres opinions de cet auteur, eût été mue contestation, principalement en France, sur cinq d'icelles; plusieurs évêques du même royaume ont fait instance auprès de nous, à ce qu'il nous plût examiner ces mêmes Propositions à nous présentées, et prononcer un jugement certain et évident sur chacune en particulier.
LA TENEUR DES SUSDITES PROPOSITIONS EST TELLE QU’IL S’ENSUIT.
1. Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux hommes justes, lors même qu'ils veulent et s'efforcent de les accomplir, selon les forces présentes qu'ils ont; et la grâce leur manque par laquelle ils soient rendus possibles.
2. Dans l'état de la nature corrompue on ne résiste jamais à la grâce intérieure.
3. Pour mériter et démériter dans l'état de la nature corrompue, la liberté qui exclut la nécessité n'est pas requise en l'homme, mais la liberté qui exclut la contrainte suffit.
4. Les Semi-Pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure prévenante, pour chaque acte en particulier, même pour le commencement de la foi; et ils étoient hérétiques en ce qu'ils voulaient que cette grâce fut telle que la volonté humaine pût lui résister, ou lui obéir.
5. Il est semi-pélagien de dire que Jésus-Christ est mort, ou qu'il a répandu son sang généralement pour tous les hommes.
Nous, qui dans la multitude différente des soins qui continuellement occupent notre esprit, sommes particulièrement touchés de celui de faire en sorte que l'Eglise de Dieu, qui nous a été commise d'en-haut, étant purgée des opinions perverses, puisse combattre avec sûreté, et comme un vaisseau sur une mer tranquille, faire voile avec assurance, les orages et les flots de toutes les tempêtes étant apaisés, et enfin arriver au port désiré du salut; considérant l'importance de cette affaire, nous avons fait que les cinq Propositions qui nous ont été présentées dans les termes ci-dessus exprimés, fussent examinées diligemment l'une après l'autre par plusieurs docteurs en la sacrée théologie, en présence de quelques cardinaux de la sainte Eglise romaine, souventes fois assemblés spécialement pour ce sujet. Nous avons considéré à loisir et avec maturité leurs suffrages, rapportés tant de vive voix que par écrit; et avons ouï ces mêmes docteurs, discourant fort au long sur ces mêmes propositions, et sur chacune d'icelles en particulier, en différentes congrégations tenues en notre présence.
Or comme nous avions déjà dès le commencement de cette discussion ordonné des prières, tant en particulier qu'en public, pour exhorter les fidèles d'implorer le secours de Dieu, nous les avons encore ensuite fait réitérer avec plus de ferveur, et nous-mêmes après avoir imploré avec sollicitude l'assistance du Saint-Esprit, enfin secourus de la faveur de cet Esprit divin, nous avons fait la déclaration et définition suivante:
La première des propositions susdites : Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux hommes justes, lors même qu'ils veulent et s'efforcent de les accomplir selon les forces présentes qu’ils ont; et la grâce leur manque , par laquelle ils soient rendus possibles. Nous la déclarons téméraire, impie, blasphématoire, condamnée d'anathème, et hérétique, et comme telle nous la condamnons.
2. Dans l'état de la nature corrompue on ne résiste jamais à la grâce intérieure. Nous la déclarons hérétique, et comme telle nous la condamnons.
3. Pour mériter et démériter dans l'état de la nature corrompue, la liberté qui exclut la nécessité n'est pas requise en l'homme, mais la liberté qui exclut la contrainte suffit. Nous la déclarons hérétique et comme telle nous la condamnons.
4. Les Semi-Pélagiens admettaient la nécessité de la grâce intérieure prévenante pour chaque acte en particulier, même pour le commencement de la foi; et ils étaient hérétiques en ce qu’ils voulaient que cette grâce fût telle, que la volonté pût lui résister ou obéir. Nous la déclarons fausse et hérétique, et comme telle nous la condamnons.
5. Il est semi-pélagien de dire que Jésus-Christ est mort, ou qu'il a répandu son sang généralement pour tous les hommes. Nous la déclarons fausse, téméraire, scandaleuse et étant entendue en ce sens, que Jésus-Christ soit mort pour le salut seulement des prédestinés, Nous la déclarons impie, blasphématoire, contumélieuse, dérogeant à la bonté de Dieu, et hérétique, et comme telle nous la condamnons.
Partant nous défendons à tous fidèles Chrétiens de l'un et l'autre sexe, de croire, d'enseigner ou prêcher touchant lesdites Propositions, autrement qu'il est contenu en notre présente déclaration et définition, sous les censures et autres peines de droit ordonnées contre les hérétiques et leurs fauteurs.
Nous enjoignons pareillement à tous patriarches, archevêques, évêques, et autres ordinaires des lieux, comme aux inquisiteurs de l'hérésie, qu'ils répriment entièrement et contiennent en leur devoir, parles censures et peines susdites et par toutes autres voies, tant de fait que de droit qu'ils jugeront convenables, tous contredisants et rebelles, implorant même contre eux, s'il est de besoin, le secours du bras séculier.
Nous n'entendons pas toutefois par cette déclaration et définition faites touchant les cinq Propositions susdites, approuver en façon quelconque les autres opinions qui sont contenues dans le livre ci-dessus nommé de Cornelius Jansenius. — Donné à Rome à Sainte Marie-Majeure, l'an de notre Seigneur mil six cent cinquante-trois, le dernier jour du mois de mai, et de notre pontificat le neuvième.
Mais d'autant que quelques enfants d'iniquité, ainsi que nous l'avons appris, ont l'assurance de soutenir, au grand scandale de tous les fidèles Chrétiens, que ces cinq propositions ne se trouvent point dans le livre ci-dessus allégué du même Cornélius Jansenius, mais qu'elles ont été feintes et forgées à plaisir; ou qu'elles n'ont pas été condamnées au sens auquel cet auteur les soutient. Nous qui avons suffisamment et sérieusement considéré tout ce qui s'est passé dans cette affaire (comme ayant par le commandement du même pape Innocent X, notre prédécesseur, lorsque nous n'étions encore que dans la dignité du cardinalat, assisté à toutes les conférences, dans lesquelles, par autorité apostolique, la même cause a été en vérité examinée, avec une telle exactitude et diligence, qu'on ne peut pas en souhaiter une plus grande), ayant résolu de lever et de retrancher tous les doutes qui pourraient naître à l'avenir, au sujet des Propositions ci-dessus alléguées, afin que tous les fidèles Chrétiens se maintiennent et se conservent dans l'unité d'une même foi : nous, dis-je, par le devoir de notre charge pastorale, et après une mûre délibération, confirmons, approuvons, et renouvelons par ces présentes, la Constitution, déclaration et définition du pape Innocent notre prédécesseur, ci-dessus rapportées; déclarons et définissons que ces cinq Propositions ont été tirées du livre du même Cornélius Jansénius évêque d'Ipres, intitulé Augustinus, et qu'elles ont été condamnées dans le sens auquel cet auteur les a expliquées; et comme telles nous les condamnons derechef, leur appliquant la même censure, dont chacune d'elles en particulier a été notée ou frappée dans cette même déclaration et définition.
Nous condamnons, défendons, et prohibons aussi le même livre de Cornélius Jansénius répété tant de fois, intitulé Augustinus, avec tous les livres, tant manuscrits qu'imprimés, et tous ceux qu'on pourrait peut-être faire imprimer à l'avenir, où cette doctrine du même Cornélius Jansénius, ci-dessus condamnée, est où serait établie ou soutenue ; défendons à tous fidèles, sous les peines et les censures exprimées par le droit, contre les hérétiques, et dès à présent comme dès-lors encourues par le seul fait, sans qu'il soit besoin d'autre déclaration, de tenir cette doctrine, de la prêcher, de l'enseigner, ou de l'exposer de vive voix ou par écrit, de l'interpréter en public ou en particulier, ou de la faire imprimer publiquement ou en cachette.
C'est pourquoi nous enjoignons à tous nos vénérables frères, patriarches, primats, métropolitains, archevêques, évêques et aux autres ordinaires des lieux, aux inquisiteurs de l'hérésie, et juges ecclésiastiques, auxquels il appartiendra, de faire observer la susdite Constitution, déclaration, et définition du pape Innocent notre prédécesseur , selon notre présente détermination , et de châtier et réprimer entièrement et sans réserve les désobéissants et les rebelles, par les mêmes peines, et autres remèdes de droit et de fait, implorant même, s'il est besoin, le secours du bras séculier. Donné à Rome à Sainte-Marie-Majeure, l’an de l'incarnation de notre Seigneur 1656, le seizième octobre, et de notre pontificat le deuxième.
Depuis le même pape Alexandre VII, notre prédécesseur, pour ôter tous les subterfuges par lesquels on éludait les décisions apostoliques, en suivant l'ancienne coutume de l'Eglise, prescrivit une formule que tous les ecclésiastiques séculiers et réguliers devaient souscrire, ensuite d'une autre Constitution qu'il donna sur cette matière en la forme suivante, savoir:
ALEXANDRE évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, pour perpétuelle mémoire. Le devoir du gouvernement apostolique, qu'il a plu à la divine Providence de nous confier par sa pure grâce, et sans aucun mérite de notre part, nous oblige de veiller avec tout le soin et toute l'application possible à tout ce qu'on juge pouvoir contribuer à la conservation et à l'augmentation de la religion Catholique , au salut des âmes, et au repos des fidèles. C'est dans cette vue que nous tachâmes, dès la seconde année de notre pontificat, d'achever de détruire, par une Constitution expresse que nous publiâmes à ce dessein, l'hérésie de Cornélius Jansénius, qui se glissait principalement en France, et qui après avoir été presque opprimée par Innocent X, notre prédécesseur d'heureuse mémoire, ne laissait pas, comme un serpent dont on a écrasé la tête, de faire encore de nouveaux efforts, et de paraître se vouloir sauver par ses détours ordinaires. Mais comme l'ennemi du genre humain a une infinité d'artifices pour empêcher le succès des bons desseins, les nôtres dont l'unique but était d'obliger tous ceux qui s'étaient égarés, à rentrer dans le chemin du salut, n'ont pu encore réussir comme nous le désirions : quoiqu'en cela nos souhaits et nos soins aient été très bien secondés par la peine et l'industrie avec laquelle nos vénérables frères les archevêques et les évêques du royaume de France se sont appliqués de tout leur pouvoir à faire exécuter ces mêmes Constitutions apostoliques, et par la piété singulière de notre très cher fils en notre Seigneur le roi Très-Chrétien, qui nous a prêté pour cela le secours de sa main avec une vigueur et une constance extraordinaire. Or le même roi Très-Chrétien, ayant été porté par le zèle qu'il a pour la religion à nous faire remontrer par son ambassadeur auprès de nous que le meilleur remède qu'on pût employer pour extirper les restes de cette maladie contagieuse, était de faire signer à tout le monde un même formulaire appuyé de notre autorité, dans lequel un chacun condamnât sincèrement les cinq Propositions tirées du livre de Cornélius Jansénius, intitulé Augustinus, et nous ayant fait faire instance d'expédier au plus tôt ce formulaire pour ôter tous les subterfuges, et les prétextes de désobéissance; nous avons jugé devoir tout accorder à des prières si pleines de piété. C'est pourquoi nous enjoignons expressément à nos frères les archevêques et évêques, comme aussi à tous autres ecclésiastiques, tant réguliers que séculiers; même aux religieuses, aux docteurs et licenciés, et à tous autres principaux des collèges, maîtres et régents, de souscrire la formule que nous avons jointe ici, voulant qu'ils le fassent tous dans l'espace de trois mois après la publication et signification des présentes, à faute de quoi nous voulons qu'on procède irrémissiblement suivant les constitutions canoniques , et les décrets des conciles, contre ceux qui n'auront pas obéi.
FORMULAIRE QUE TOUS DOIVENT SOUSCRIRE.
Je N. me soumets à la Constitution apostolique d'Innocent X, souverain pontife, donnée le 31 jour de mai de l'an 1653, et à celle d'Alexandre VII son successeur, donnée le 16 d'octobre 1656, et rejette et condamne sincèrement les cinq Propositions extraites du livre de Cornélius Jansénius, intitulé Augustinus, dans le propre sens du même auteur, comme le Siège apostolique les a condamnées par les mêmes Constitutions ; je le jure ainsi. Ainsi Dieu me soit en aide, et ses saints Evangiles.
Ordonnons en outre, que les présentes soient valides, et aient leur plein et entier effet à perpétuité; et qu'en tous lieux tous les juges ordinaires et délégués jugent et ordonnent conformément à cela ; leur ôtant tout pouvoir de juger et d'interpréter d'une autre manière ; et déclarant nul et invalide tout ce qui pourrait être attenté au contraire, avec dessein ou par ignorance, par qui que ce soit, et avec quelque autorité que ce pût être. C'est pourquoi nous mandons et ordonnons à nos vénérables frères les archevêques et évêques, et aux autres ordinaires des lieux, d'exécuter et de faire exécuter par tout le monde, chacun dans son diocèse et dans les lieux soumis à sa juridiction, les présentes Lettres, et tout ce qui y est contenu; et de contraindre ceux qui refuseront d'obéir, par sentences, censures, punitions , et par tous les autres remèdes de droit et de fait, sans avoir égard à aucun appel; et se servant aussi pour cela, s'il en est besoin, du secours du bras séculier. Voulons aussi qu'on ait la même foi aux copies des présentes, même imprimées, signées de la main d'un notaire public, et scellées du sceau de quelque personne constituée en dignité ecclésiastique, qu'on aurait à l'original, s'il était montré et signifié à un chacun. Que personne donc n'entreprenne d'enfreindre cette Constitution et ordonnance, ou de s'y opposer par une hardiesse téméraire. Si quelqu'un était assez impie pour attenter cela, qu'il sache qu'il encourrait l'indignation du Dieu tout puissant, et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul. DONNE à Rome à Sainte-Marie Majeure, l'an de l'Incarnation du Sauveur mil six cent soixante-cinq, le quinzième de février, et de notre pontificat le dixième.
Ainsi la cause est finie, mais l'erreur ne finit point, comme elle le devrait après avoir été tant de fois frappée par le glaive apostolique; car il y a eu et il y a encore des hommes qui n'acquiescent point à la vérité, et qui ne cessent point de contredire l'Eglise. C'est par diverses distinctions ou plutôt par des faux-fuyants inventés par l'erreur pour tendre des pièges, qu'ils s'efforcent, autant qu'il est en eux, de troubler l'Eglise, de l'envelopper, et de l'embarrasser dans des questions sans fin. Ce qui est de plus mauvais encore, c'est qu'ils ne rougissent point d'employer, par une entreprise absolument téméraire, pour la défense de leur erreur, les décrets même du Siège apostolique, qui ont été faits pour condamner leurs sentiments corrompus. C'est ce qu'ils ont fait principalement pour la lettre en forme de bref de Clément IX, notre prédécesseur de pieuse mémoire, du 19 janvier 1669 aux quatre évêques de France, et pour les deux d'Innocent XII, aussi de pieuse mémoire, aux évêques des Pays-Bas, l'une du 6 février 1694, et l'autre du 24 novembre 1696.
Comme si notre prédécesseur Clément, qui déclarait dans ce même bref qu'il s'attachait avec une entière fermeté aux Constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, qu'il exigeait de ces quatre prélats une véritable et absolue obéissance, et qu'il avait voulu qu'ils souscrivissent sincèrement au Formulaire d'Alexandre VII, avait réellement admis dans une affaire si importante quelque exception ou restriction, lui qui protestait qu'il n'en aurait jamais admis aucune. Et comme si notre prédécesseur Innocent XII, en déclarant avec sagesse et précaution, que les cinq propositions extraites du livre de Jansénius ont été condamnées dans le sens évident que les paroles présentent d'abord , avait voulu parler , non du sens naturel qu'elles forment d'abord dans le livre de Jansénius, ou que Jansénius a exprimé, et qui a été condamné par Innocent X et par Alexandre VII, comme s'il eût voulu tempérer, restreindre, ou en quelque façon changer les Constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII dans le même bref où il déclarait en termes formels qu'elles avaient été et qu'elles étaient en vigueur, et qu'il demeurait fermement attaché à ces décisions.
De plus ces hommes inquiets répandant de tout côté des écrits et des libelles composés avec un art très subtil, pour tromper d'une manière très injurieuse au Siège apostolique et avec un très grand scandale de toute l'Eglise, ne craignent point d'enseigner que pour rendre l'obéissance due aux constitutions Apostoliques, il n'est pas nécessaire que chacun condamne intérieurement comme hérétique le sens du livre de Jansénius, qui a été condamné, comme il est marqué ci-dessus, dans les cinq Propositions; mais qu'il suffit que chacun garde sur ce point le silence qu'ils nomment respectueux. Il parait assez combien cette proposition est absurde et pernicieuse au salut des âmes des fidèles; puisque sous le voile de cette trompeuse doctrine, on ne quitte point l'erreur, mais on ne fait que la cacher, on couvre la plaie au lieu de la guérir, on n'obéit pas à l'Eglise, mais on s'en joue; enfin on ouvre par-là aux enfants de désobéissance un large chemin pour fomenter l'hérésie par le silence, en refusant de rejeter intérieurement et d'improuver de cœur la doctrine de Jansénius, dont l'Eglise universelle a eu horreur, quand elle a été condamnée par le Siège apostolique.
On a vu même que quelques-uns se sont portés jusqu'à un tel excès d'impudence, qu'oubliant les règles non-seulement de la sincérité chrétienne, mais encore de l'honnêteté naturelle, ils n'ont pas craint d'assurer qu'on peut licitement souscrire au Formulaire prescrit par Alexandre VII notre prédécesseur, quoiqu'on ne juge pas intérieurement que le susdit livre de Jansénius contient une doctrine hérétique, comme si, malgré cette parole expresse de l'Ecriture: Qui dit la vérité selon son coeur, et cette autre : Qui jure à son prochain sans le tromper, il était permis aux sectateurs de cette erreur de tromper l'Eglise même par un serment, et d'éluder les précautions du Siége apostolique- Car usant des termes exprès du Formulaire, ils disent ce que l'Eglise dit, sans penser néanmoins ce qu'elle pense, et font profession d'obéir aux constitutions apostoliques qu'ils contredisent dans leurs coeurs.
C'est pour ces raisons qu'étant excités tant par le devoir de la sollicitude de toutes les Eglises, que par le zèle et les prières de plusieurs de nos vénérables frères les évêques de différentes nations, et surtout du royaume de France, à employer un remède convenable et efficace contre cette maladie mortelle, qui gagne comme la gangrène , et qui augmente chaque jour; pour empêcher que ces hommes dépravés ne continuent de troubler impunément la paix de l'Eglise catholique et d'imposer aux simples et aux petits, en leur enseignant ce qu'il ne faut pas enseigner; comme aussi pour ôter tout lieu de douter sur les sentiments et sur l'intention du Siège apostolique, à ceux mêmes qui se laissent peut-être tromper par une prétendue bonne foi et sur de faux bruits; après avoir imploré le secours de Dieu tant par nos prières particulières que par celles que nous avons ordonnées en public, la matière ayant été mûrement examinée, de l'avis de quelques-uns de nos vénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, et les suffrages de plusieurs docteurs en théologie ayant été entendus, nous d'autorité apostolique confirmons en premier lieu, approuvons et renouvelons par la teneur des présentes les Constitutions de nos prédécesseurs les papes Innocent X et Alexandre VII ci-dessus insérées, et tout ce qui y est contenu.
De plus, pour couper jusqu'à la racine tout prétexte d'erreur par rapport à l'avenir, et afin que tous les enfants de l'Eglise catholique apprennent à écouter l'Eglise même, non en gardant seulement le silence (car les impies le gardent aussi dans les ténèbres), mais en se soumettant intérieurement, ce qui est la véritable obéissance de l'homme orthodoxe, nous jugeons, déclarons, statuons et ordonnons en vertu de la même autorité apostolique, par cette présente Constitution qui aura forcé à perpétuité, qu'on ne satisfait nullement par ce silence respectueux, à l'obéissance qui est due aux Constitutions apostoliques ci-dessus insérées, mais que tous les fidèles de Jésus- Christ doivent condamner comme hérétique, et rejeter non seulement de bouche, mais aussi de cœur, le sens du livre de Jansénius condamné dans les susdites Propositions , et que leurs propres termes présentent d'abord à l'esprit, et qu'on ne peut licitement souscrire au dit Formulaire avec d'autres pensées, avec d'autres sentiments, avec une autre crédulité; en sorte que quiconque pensera, tiendra, publiera, enseignera ou soutiendra, de vive voix ou par écrit, différemment ou au contraire de toutes ces choses et de chacune d'elles, sera regardé comme transgresseur des susdites Constitutions apostoliques, et soumis à toutes et à chacune des censures et des peines portées par icelles.
Ordonnons pareillement que les présentes et celles qui y sont insérées aient leur plein et entier effet, pour toujours à perpétuité; et qu'en tout lieu tous juges ordinaires ou délégués devront s'y conformer dans leurs jugements, sans qu'il leur soit libre en aucune façon de juger et d'interpréter d'une autre manière, déclarant nul et de nul effet tout ce qui pourrait être attenté au contraire, avec connaissance ou par ignorance, par qui que ce soit et avec quelque autorité que ce puisse être.
C'est pourquoi nous donnons pouvoir et mandons à nos vénérables frères les archevêques et évêques, et aux autres ordinaires des lieux, aux Inquisiteurs de l'hérésie, et aux juges ecclésiastiques, d'exécuter partout, chacun respectivement dans son diocèse et dans les lieux soumis à sa juridiction, les présentes Lettres et tout ce qui y est contenu, de réprimer et de contraindre tous ceux qui refuseraient d'obéir, par les peines et censures ci-dessus marquées, et par toutes les autres voies de droit et de fait, sans avoir égard à aucun appel, pouvant même recourir au bras séculier, s'ils croient en avoir besoin.
Voulons aussi qu'on ait la même foi aux copies des présentes, même imprimées, signées de la main d'un notaire public, et scellées du sceau de quelque personne constituée en dignité, qu'on aurait aux originaux s'ils étaient montrés et signifiés.
Qu'il ne soit donc permis à personne d'enfreindre notre présente confirmation, approbation, rénovation, décret, déclaration , statut et ordonnance, ni de s'y opposer par une hardiesse téméraire. Et si quelqu'un avait la présomption de l'entreprendre, qu'il sache qu'il encourrait l'indignation du Dieu tout-puissant, et de ses bienheureux apôtres Pierre et Paul.
Donné à Rome à Sainte-Marie Majeure, l'an de l'Incarnation de notre Seigneur mil sept cent cinq, le i5 juillet, et de notre Pontificat le cinquième.
Soutenir le Forum Catholique dans son entretien, c'est possible. Soit à l'aide d'un virement mensuel soit par le biais d'un soutien ponctuel. Rendez-vous sur la page dédiée en cliquant ici. D'avance, merci !
|